jpmineur

une vie

14 janvier 2009

Sylvia...

sylvia2

Posté par jpmineur à 12:38 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le Grand jour.

Le Grand Jour. C’est le grand jour, le plus beau jour de sa vie.

Ou plutôt aujourd’hui va devenir le plus grand jour de toute sa vie.   

De toutes ses vies. C’est sur de sur de chez sur and co.

Il a pris un train, tôt le matin, beaucoup trop tôt, mais il ne voulait, ne pouvait pas attendre.

En plus sa mère ne travaille pas le samedi, donc à la maison. Insupportable.

Impatient, comme un môme à Noël, une pucelle devant l’Homme.

Rasé de près, lame neuve, crâne rasé deux jours avant - faut tout calculer.

La veste de treillis des grandes occasions, la camouflage kaki et marron, achetée au surplus avec ses économies. Enfin, ses économies… sans travail et sans indemnités de chômage…les économies de sa mère plutôt. Débardeur noir avec crâne blanc sur le devant, pas assez moulant mais il aurait fallu prendre quelques kilos pour ça. Pantalon de treillis kaki, fraîchement lavé et repassé par maman, serré aux chevilles par le petit lacet. Rangers aux pieds, enfin pas des vraies, des baskets noires un peu montantes, avec des lacets blancs, achetées chez Carrefour par maman, pour son annif.

Mais c’est ce qu’il y avait de mieux.

Il a un look. Le bon look, le look. C’est sur de sur de chez sur and co.

Il l’a vérifié, longuement et sous tous les angles devant le miroir de la penderie Ikea de sa chambre, chez maman. A mimé mille fois les gestes à faire, les postures à prendre. Il a le temps.

Et la … Dans la poche intérieure, contre son cœur qui s‘emballe un peu, Le laisser passer, sésame indispensable, le précieux billet pour le match. LE MATCH.

La rencontre du siècle, l’unique, l’ultime, celle dont tout le monde parle, que tous veulent voir, veulent vivre.

Et lui … élu… Il y va. Les fesses serrées, le torse bombé, la bitte humide. Et un peu mal aux pieds, les chaussures sont neuves.

Rendez vous est pris à la ville, à coté du stade, avec les potes de sport, enfin de stade on devrait dire, ou même de télé, car c’est surtout à la télé qu’ils regardent les matchs, en buvant une bière ou deux, pas plus sinon il est malade lui, contrairement aux autres, qui peuvent picoler - tout au long de la nuit - comme ils disent.

Il se sent invincible, presque, pas encore complètement, mais il le deviendra, quand ils se seront retrouvés, pour rejoindre le stade, le temple…  Pour : LE match.

Les potes de la cité du carreau, surtout Kevin (il s’appelle Lucien mais préfère Kevin), il l’aime bien Kevin, un peu teigneux (en groupe), il fait de la boxe thaï Kevin ou un truc dans le genre, ça aide des fois.

Quand on croise des bougnoules malpolis, des muslims en babouches, ou des keublas en boubou.

Et ceux du quartier des oiseaux. Des durs …

Une dizaine ils sont, tous fans de l’équipe de la ville,  Ils habitent tous de sordides banlieues mais supportent fièrement les couleurs de leur ville voisine pourtant hostile à leur venue.

L’équipe chérie, ce soir, affronte, une escouade de trou du cul, de jatte, basanés, sentant mauvais, d’une ville du sud dont le seul nom donne envie de gerber et qu’on a pas droit de prononcer, au risque de prendre des coups. Normal.

Ça a été long, ils se sont retrouvés, ont sifflé quelques Kro tièdes achetées au Monoprix, bousculé des passants, chanté des chants guerriers (?). Ont cheminé lentement évitant les bandes rivales, parfois vicieuses. 

Mais. Ça y est, ils y sont… Parqués dans les tribunes qui leur sont réservées,  pour eux les purs, les vrais, fidèles parmi les fidèles. Face au grillage, dans les odeurs des fumigènes, sous le chahut des cornes de brume, des pétards, des cris, debout sur les siéges frappant du pied, foulard sur la bouche. 

L’équipe entre…  avec les autres, les bâtards, les bouffons qui vont être humiliés.

Vite, pousser de cris de singe au passage d’un black, tendre la main bien haut et crier Heil Heil Heil.

Ha ! Quel bonheur, dans un état second, comme en transe. Hurler, hurler encore.

Le match va commencer d’un moment à l’autre.

Il pense à son père, parti trop tôt d’un travail trop dur, vieux communiste à casquette jaunie, militant jusqu’à la fin pour un monde un peu meilleur, juste un peu.

Il aurait été fier le vieux de me savoir-la. De me voir la. Pense t’il dans les vapeurs de bière

Regard fiévreux, le corps couvert de sueur, les muscles tendus. Heil Heil Heil…

Il aurait été fier …

Pense t’il

Quand la tribune s’effondre !

Sur sa gueule de con.

JP.M

Palavas les flots Février 2008.

Posté par jpmineur à 12:35 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Ariel

ariel

Posté par jpmineur à 11:57 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Ecrivain

Écrivain.

Tu vois, quand je l’ai rencontré ce type, je l’ai trouvé sympa, tout de suite, sans chichi, il était assis, la au bout du comptoir, il buvait un demi ouais, un simple demi, comme toi et moi, un demi de bière.
Pourtant un écrivain c’est pas rien, un mec qui écrit des bouquins, ça court pas les comptoirs.
On m’en avait parlé de ce type, il a une certaine renommée, surtout dans le quartier tu me diras, mais y parait qu’il a été invité dans des émissions, le soir à la télé.
Alors moi tu me connais… j’ai eu envie de lui parler. Quoi, c’est normal quand on partage le même zinc, qu’on boit la même bière, on vit un peu ensemble.
Alors, après quelques politesses d’usage, comme on dit, je lui ai demandé, comme ça, pour voir, quels conseils il donnerait à un jeune qui voudrait essayer d’écrire un bouquin.
Tu me croiras pas, il a juste dit : C’est simple pour écrire, il suffit d’ouvrir les yeux, de regarder le monde et de raconter ce qu’on voit… ce qu’on sent.
Tu vois le truc. Tout simple, tu regardes et tu racontes.
Moi, tu me connais je suis plombier, ben au fond, j’ai toujours eu envie d’être musicien, sculpteur ou écrivain. Enfin tu vois, laisser au monde autre chose que des soudures.
Alors, le soir devant ma télé, tu vois, ça me travaillait. J’ai pris le bloc à coté du téléphone sur la table de l’entrée, et au infos, à vingt heures, j’ai noté des petites phrases, juste les sujets de l’actualité.
Hé ben, quand tu regardes le monde, le monde il est pas joli, joli.
J’avais :
La guerre dans le Golf, avec ces cons de ricains qui se font exploser sur des mines.
Des enfants esclaves dans un orphelinat chinois.
Une gamine, brûlée vive dans une cité, par un môme abruti de religion.
Un reporter décapité au couteau au Pakistan.
Un tremblement de terre au bout du monde.
Le réchauffement climatique.
Le résultats du foot, Des pourris qui se présentent aux élections, la météo.
Et le Loto… Qu’est-ce que tu veux écrire sur le Loto ?
Je me suis demandé, comment il ferait l’écrivain pour choisir ?
J’ai plié mes petits papiers en quatre, bien touillé, et j’en ai pris un, au hasard.
Je suis tombé sur les mômes chinois.
Tu parles d’un sujet, des gamins couverts de boue, battus, toute la sainte journée, obligés de fabriquer des briques en terre cuite, du levé au couché du soleil, voire plus, pour un demi bol de riz.
Même, au Bac de philo ils ont pas des sujets aussi tordus, alors moi, tu vois, j’ai loupé le certif… j’étais nul en calcul à l’époque.
Je me suis dit que je devrais regarder le monde qui est plus près de moi, l’entourage immédiat, comme on dit. Le voisinage.
Mais, bon, je suis plombier chauffagiste, chez Gazelec, je fais dans le dépannage. Pas dans l’humanitaire.
A part les joints foireux, les chaudières capricieuses, et les robinets qui lâchent, y’a pas grand-chose à raconter.
Tu me diras qu’il y a pas que des mauvais cotés. Des fois, c’est pas tout les jours, mais quand la fuite est réparée, tu sens que faudrait pas grand-chose pour que la maîtresse de maison se laisse aller à discuter un peu, et un petit verre de blanc ou deux, offert dans le salon si tu t’y prend bien … tu vois ce que je veux dire. C’est pas tout les jours, mais y’a des bobonnes qui s’ennuient vraiment, alors une petite secousse sur le canapé, personne n’en saura rien, et c’est toujours ça de pris… comme disait ma grand mère.
Tiens y’en a même une, tu me croiras pas, une mémére, mais vraiment une mémére, style que tu croises au marché, des poireaux dans le cabas, la boite pour le chat, les cheveux un peu roses. Tu vois pas une première main,  hé ben, direct dans la cuisine, je me souviens… c’était le début de l’hiver, chaudière bloquée, rien de grave, elle m’attendait comme le Messie, quelques coups de clef de douze, un joint neuf, et quand la chaudière a commencer à ronronner, elle rayonnait, elle souriait, comme une gosse à Noël.
Je sais pas ce qui m’a pris, je lui ai glissé ma pogne sous la blouse, elle s’est figée un peu, mais sans broncher, je l’ai couché sur la table de la cuisine, en formica, Charles de Gaulle d’époque, pas bien solide ces trucs la.
Je lui ai enlevé sa culotte, une culotte d’institutrice, enfin comme celle que devait porter mon institutrice à l’époque. Une en gros coton, qui se repasse et tout, pas un machin moderne comme Britney Spear, tu sais, le string chantant ou celles des gamines, dans le métro, celles la, tu peux pas les repasser sinon il ne reste rien, un bout de caramel et encore…

Je lui ai écarté les jambonneaux, et tu vois c’était comme une bonne action, mais vraiment j’avais envie de la faire cette bonne action, je lui ai bouffé le roudoudou, ben mon vieux, j’ai pas compté mon temps, ça sentait le propre, elle m’enivrait, je te jure, quand t’as la langue dans une moule, le nez sur le bigorneau l’age c’est quoi ? Tu y penses toi ? En plus, elle miaulait, je te jure , une vraie gamine, elle se caressait les nibards, devait pas avoir fait Tagada depuis un siècle ou deux.
Je l’ai chevauchée, comme ça, un bon moment, c’est bizarre mais c’était vraiment bien. Doux, tendre.
Comme si à chaque coup de bitte, elle rechargeait ses batteries, elle rajeunissait. 
Elle a juste gueulé un peu, pour la forme, quand je l’ai retourné et l’ai prise par derrière.
Tu sais comment je suis, comme les sportifs de haut niveau, moi, quand je donne, je donne tout, et quand je bourre, je bourre tout… Putain j’ai donné, à donf.  Partout.
Les sportifs, ils s’entraînent. Moi j’ai pas besoin, ma poufiasse s’est barrée, çà fait un bail, alors l’entraînement… hein comme tout le monde, à la main. 
J’ai pas osé lui demander, après, mais si ça se trouve, c’était la première fois qu’on lui pétait la rondelle à mamie. J’ai eu l’impression en tout cas. Pour un baptême elle a eu droit au taraudage Suprême, ouais je suis plutôt monté chasse à l’éléphant, que sniper du dimanche. 
Quand j’ai craché la purée, elle était toute molle, elle avait les fesses toutes roses. Et la bouche en cœur, Je me suis essuyé au torchon rouge et blanc sur l’évier.
J’ai fini le verre de rosé. J’avais soif. Le sport en général ça donne soif.
Ben tu me croiras si tu veux, mais elle était tout sourire, toute gentille. J’ai senti qu’elle avait envie que je reste un peu. Mais bon, tu comprends, je me suis cassé, un peu péteux, mais je me suis dit que j’y retournerais… Qui sait… Un jour… j’ai gardé son adresse, on sait jamais.
Enfin tu vois, moi, j’ai pas de truc à écrire, à raconter, ça intéresserait qui, de lire qu’un plombier chauffagiste se tape une mamie sur une table de cuisine. Hein, personne.
Même toi, t’es un pote, pourtant t’as pas l’air passionné… Hein ?
Le monde c’est pas ça, c’est les petits chinois… A vingt heures.
L’écrivain, il se tape qui ? Tu sais toi ? Des petits chinois ? Une gamine musulmane ?
Sûrement pas des mamies aux cheveux un peu roses et culotte vintage.
T’en bois un autre ? T’es pas pressé…
Patron ! Deux mousses …
Dites patron… vous le connaissez, l’écrivain ?…
Il serait pas un peu tordu … hein.

JP.M.
Palavas, Février 2008.

Posté par jpmineur à 11:54 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1